L'accouchement sous X menacé?
par Anne DOMECE
07 Décembre 2011
Les députés vont devoir se prononcer sur la levée de l'anonymat de l'accouchement sous X. Une proposition de loi prévoit que les femmes seraient obligées de décliner leur identité, déposée sous pli cacheté et remis à la majorité de l'enfant s'il le demande. On en parle à 7h40 avec l'invitée de la Ligne ouverte, Janine Langleur, directrice du planning familial de Vaucluse.
Réagissez au 04 90 824 824 dès maintenant, ou en direct dès 7h30 au 04 90 14 04 04.
- Les enfants nés sous X doivent-il avoir accès (comme ils le souhaitent) à l'identité de leur mère?
-Faut-il préserver l'anonymat de ces femmes qui choisissent d'accoucher dans le secret ?

 

Suite au reportage de ce matin sur France Bleu Vaucluse de notre Directrice Mme Langleur, Nous apportons quelques informations complémentaires sur le théme "L'accouchement sous X menacé ?"

 

ACCOUCHEMENT SECRET dit «SOUS X »,

                                  en savoir plus….   

 

En complément de la  participation à l’émission de France Bleu Vaucluse du 7 décembre 2011 « les auditeurs ont la parole », nous tenons à apporter les précisions suivantes :

         Contrairement aux affirmations de la député UMP Brigitte Barèges, qui présente un projet de loi supprimant l’accouchement secret dit « sous x », la possibilité d’anonymat n’est pas une particularité française : elle figure dans la législation en Italie, au Luxembourg, en Autriche, en Tunisie. Elle est utilisée dans les pratiques en Algérie, au Maroc.

         Les belges viennent accoucher en France dans l’anonymat, aux frontières.

L’Allemagne a remis au goût du jour, au début des années 2000, les « tours » du Moyen-Age, où les bébés sont déposés sans que la femme soit vue et sans qu’elle soit prise en charge.  

         La loi française, inscrite dans le code civil depuis janvier 93 et révisée en 2002, est une loi équilibrée qui n’oppose pas le droit des femmes au droit des enfants. Cette loi va dans le sens du droit de chacun à ne pas être parent.

         La suppression de cette loi entraînerait une mise en danger de la génitrice ET de l’enfant. Le professeur Henrion de l’académie nationale de médecine (médecin à l’origine de la première enquête ENVEFF sur les violences faites aux femmes), estime, (article publié dans La Revue du Praticien de septembre 2011) :

« la mise en cause de l’anonymat serait lourde de conséquences en compromettant la confiance des femmes en grande difficulté, leur faisant fuir les maternités et les services sociaux, avec les risques que cela comporte pour les mères, les nourrissons et les enfants. Les mères qui recourent à l’accouchement sous X sont souvent jeunes et célibataires, sans aucun contact avec le père. Découvrant trop tardivement leur grossesse pour l’interrompre ou se préparer à être mère et accepter l’enfant, elles sont en règle générale dans une grande solitude affective et une extrême détresse où se mêlent difficultés sociales, psychologiques et économiques »

QUELQUES CHIFFRES : (publiés dans le bilan d’activité du CNAOP Conseil National pour l’Accès aux Origines Personnelles, pour la période de 2002 à fin 2009 :

-         43 % des femmes ayant accouché sous X disent que c’est faute de partenaires

-         seules 25 % des femmes ayant accouché sous X sont autonomes financièrement : 75 % sont au chômage, étudiantes ou sans activité professionnelle.

-         Elles découvrent leur grossesse tardivement ou n’ont pu avoir accès à l’IVG dans les délais.

LES ENJEUX :

Le tout biologique est dangereux car il contient en lui des relents de racisme :

Qu’est-ce que l’origine ? l’identité ? les gênes ? une famille ? un récit ? une histoire ?

Le mythe de la transparence irait jusqu’où ???

PROPOSITIONS :

Posons-nous la question des circonstances qui mènent à cette solution plutôt que nous poser la question de l’identité :

-         Demander l’application stricte de la loi du 4 juillet 2001 concernant les délais d’accès à l’IVG

-         mettre en place les moyens humains et financiers suffisants pour l’application de cette loi.

-         améliorer l’accompagnement des femmes optant pour l’accouchement secret

-         travailler sur la création de structures spécifiques d’accueil et d’accompagnement, donnant aux femmes la possibilité de sortir du silence, de la honte et de la culpabilité.(expérience d’Ilithie, lieu unique, créé en 1992 et fermé en 2006 pour suppression de financement)

-         améliorer l’information et l’accès à la contraception pour toutes et tous.

QUI DE NOUS PEUT DIRE QU’IL CONNAIT LA VERITE SUR SA NAISSANCE, SU LE DESIR QUI NOUS FIT NAITRE ?????

REPONSES APPORTEES SUR LE DEPARTEMENT DU VAUCLUSE à partir de la pratique des conseillères conjugales et familiales du Planning Familial 84 :

Lors des entretiens pré-IVG et notamment pour les délais dépassés importants, contact est pris avec le service adoption du Conseil Général. Une interlocutrice référente de grande qualité convient d’un rendez-vous avec la femme pour un accompagnement dans la démarche ; cet accompagnement peut se poursuivre hors département si une nécessité de protection de la personne est identifiée.